BUSSIERE-DUNOISE:Jules Védrines(2)

Publié le 15 Mai 2013

BUSSIERE-DUNOISE:Jules Védrines(2)

Extraits de "La vie d'un aviateur": par lui-même

Chez les éditions de l'officine (2002)

Note de l'éditeur:

Le présent ouvrage restitue l'ensemble des feuillets publiés

toutes les semaines de 1910 à 1914,

sous la signature de l'illustre aviateur,

en 126 chapitres collationnés par

Jean Luinaud ??????

OUI ! "Jeannot" Luinaud du Mont de Bussière-Dunoise

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Atterrissage au Peu du Mont (Avril 1911):

Alors qu'il effectue le trajet Paris-Pau, perdu dans les nuages, il se retrouve dévié de sa route et atterrit à l'aveugle à Varennes-sur-Allier (03). Après avoir appeler son patron (Borel) pour l'informer de sa situation. Il allait repartir en passant par Guéret

PARIS-PAU:

.......La communication téléphonique étant achevée, je sortis de café, et je regardai ce que faisait les nuages
Ils n'avaient guère changé de place et ils étaient toujours aussi épais, les vilains bougres!..
Je rentrai à l'hôtel, et tout en me réconfortant un peu, car j'avais une faim terrible, je me mis à songer avec ravissement que, dans quelques instants, la petite Nénette allait embrasser son papa
Car, par une coïncidence extraordinaire, alors que je marchais à l'aveuglette, sans même savoir au juste où j'allais me poser, j'étais venu atterrir à proximité des miens.
Quelque temps auparavant, j'avais envoyé ma femme et ma fillette se reposer à Bussière, chez un vieil oncle, solitaire, qui était le principal propriétaire de ce hameau, composé de quelques maisons.
Je m'étais séparé ainsi des miens, autant pour la santé de l'enfant, que pour la tranquillité de ma femme. Je la tenais à l'abri des fausses nouvelles, car je ne voulais pas qu'elle apprenne ma mort tous les huit jours, sans que ce soit au moins vrai.
Tout en dévorant le repas que l'on venait de me servir, je pensais à la surprise que mon arrivée soudaine - par les airs, bien entendu - allait produire à Bussière......

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VARENNES-GUERET
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...... Guéret ! tout le monde descend ! Pas encore ! c'est à Bussière même que je veux atterrir.
Je suis déjà venu dans ce petit patelin, mais pourtant, en arrivant à Guéret, je ne retrouve pas mon chemin.
Je fais un tour au-dessus de la ville afin de m'orienter; je regarde attentivement de tous côtés.
On me dit que le bois le plus élevé de toute la Creuse est le bois des Trois-Cornes; Bussière est au pied de ce coteau.
Je découvre enfin les Trois-Cornes, j'y file et voilà Bussière !
Mon cœur bat plus fort; je laisse ma bête humaine s'occuper de mon aéro, et moi je ne pense plus qu'aux doux instants qui se préparent.
A présent, je me reconnais parfaitement. Je pique résolument sur la
maison de l'oncle.
Je découvre un petit champ où je reviendrai me poser tout à l'heure. auparavant, je dois signaler ma présence.
Dans ce but, je fais plusieurs fois le tour de la maison, tout en me rapprochant du sol.
Grimpé sur une courte échelle, au long d'un arbre, un vieux bonhomme est en train d'arracher des feuilles pour nourrir ses porcs.
Il m'entend, m'aperçoit, et crie, sans doute....
Une femme et une petite fille sortent de la maison...
Ils ne peuvent pas m'entendre, qu'importe ! Je crie: " Bonjour, Nénette ! " De son côté, on m'a dit plus tard - la fillette s'est écriée:
- C'est papa !.... je suis sûre que c'est papa. Bonjour, papa... mon petit papa !

ATTERRISSAGE AU PUY DU MONT:
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Et maintenant, atterrissons. Je décris encore un large cercle, et je vais me poser à deux cents mètres de la maison.
Ah ! je vous garantis que ceux-là ne me demandent pas qui je suis.
- Bonjour, Védrines... Bonjour, Védrines... Bonjour, Védrines !...
Je n'entends que cela de tous côtés.
Ils sont fiers, les braves gars, que je sois venu leur rendre visite; ils sont heureux, si enthousiastes qu'ils assiègent mon aéro, et m'empêchent de descendre.
Enfin, ma femme et ma petite fille qui, comme tout le monde, se sont mises à courir, arrivent vers moi, fendent la foule et me rejoignent.
Quelle étrange impression je ressens ! Moi qui avait tant de choses à leur dire, moi, qui voulais crier ma joie, je suis tout bête; je ne trouve pas un mot.
Je tends simplement les bras à Nénette, mais j'oublie que je suis horrible à voir, avec mon gros vêtement de cuir plein de taches, mes larges lunettes, et la couche verdâtre d'huile de ricin qui recouvre mon visage et mes mains.
Nénette a peur d'un tel papa; elle ne veut pas venir avec moi
C'est une petite désillusion; elle ne durera pas, car tout à l'heure, ma petite fille me dédommagera largement de son premier accueil......

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DEPART POUR PAU ?

....... revenons à mon voyage, car si j'étais heureux de me trouver à Bussière - par le plus grand des hasards - je n'oubliais pas que, c'était à Pau que j'avais résolu d'aller.
J'étais décidé à me lever de bonne heure et à partir aux premières lueurs du jour, en passant par Limoges et Agen.
Je fus debout à six heures. Avant de sortir, je remarquai qu'il ne faisait pas très chaud.
Je m'habillai rapidement, et je mis le nez dehors.
Hélas ! je n'avais plus qu'à me recoucher ! Tout était blanc ! Il avait dû neiger une grande partie de la nuit
Il tombait encore quelques flocons et des nuages gris, bas, menaçants, passaient rapidement au dessus de ma tête.
Il m'était impossible de partir; d'autant plus impossible, que Bussière ne possédant aucun aérodrome, aucun hangar, mon appareil avait passé la nuit en plein air et qu'à cette heure dix centimètres de neige recouvraient les ailes !
- Ce sera pour demain ! murmurai-je mélancoliquement, car je pensais que le lendemain était le dernier jour qui me restât pour tenter l'épreuve.
Il neigea toute la journée; et lorsque l'aube pointa, il neigeait toujours !
J'étais bloqué ! j'avais manqué Paris-Pau, cette fois encore !
Que me restait-il à faire? Recommencer naturellement !

RETOUR A PARIS PAR LE TRAIN !

Je mis l'appareil dans une caisse, le pilote dans un compartiment de chemin de fer, et tout cela reprit rapidement le chemin de Paris qu'un géographe facétieux semblait avoir séparer de Pau par tant de difficultés que je me demandais réellement si j'allais réussir ce voyage.
L'avenir me l'apprendrait, et l'avenir en aviation, ça varie entre trois et huit jours.....

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LA CONCLUSION DE CE PILOTE D'EXCEPTION RESTE TOUJOURS D'ACTUALITE:

" Cet âpre besoin d'arriver plus haut, toujours plus haut, est l'âme de l'alpinisme, de l'aviation......et de la politique."

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JEU D'IMER (pour les habitués du blog et pour ceux qui vont le devenir)

Parmi ces trois affirmations, une seule est vraie:

- C'est depuis cette aventure de Védrines

que la neige d'avril est appelée à Bussière, "neige de coucou".

- Le vieux tonton Lejeune de la femme de Védrines,

était appelé "Tonton-Bibi".

- C'est depuis ce vol, pourtant très difficile, que Védrines,(cf.. la côte de St Vaury)

a lancé l'expression "C'était pas le Peyroux"

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Rédigé par atelier23-Imer

Publié dans #Bussière-Dunoise, #à découvrir

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